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Tokyo - Japon |

Luc Peillon |
 
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13/ Traversée du Pacifique
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Samedi 16 avril. En route. Ce matin, dès 7 heures, un léger mouvement me réveille presque instantanément. Le lit tremble. Le bateau bouge. Je me redresse et écarte les rideaux. Le spectacle est grandiose. Le soleil se lève sur le port et les buildings de Singapour. Nous venons tout juste de larguer les amarres. J'enfile mon jean et cours à l'extérieur. En moins de douze heures, j'assiste à un deuxième moment magique. Tiré par de petits bateaux-pilotes, le monstre de métal quitte le quai en silence. Au loin, des navires dont la forme se découpe dans les premiers rayons du soleil, mouillent au large de la cité-État. Je reste sans voix, jusqu'à ce que je sente une présence dans mon dos. Un homme, la soixantaine, des jumelles dans la main droite, me sourit. Il s'appelle Klaus B., il est Allemand. C'est le second passager du cargo.
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03-05-2005 |
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Singapour - Singapour |

Luc Peillon |
 
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12/ Singapour |
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Mardi 22 Mars. Singapour. C'est le cœur serré que je quitte Malacca. Cette ville m'a plu, et l'abandonner pour me plonger dans Singapour la prétentieuse ne m'enchante guère. Mais je le sais aussi : ce n'est pas seulement un lieu aimé que j'ai du mal à quitter. Kuala Lumpur ne m'avait point fasciné et pourtant la décision d'en décoller fut longue. Non, il y a autre chose. Il y a que depuis plusieurs étapes, mon sac est difficile à faire, le chemin du bus ou de la gare, douloureux à prendre. Je traîne. J'ai du mal à repartir. Je cherche inconsciemment à me poser.
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15-04-2005 |
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Kuala Lumpur - Malaisie |

Luc Peillon |
 
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11/ Malaisie
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Dimanche 6 mars. George Town (Malaisie). Je passe sans encombre la frontière malaisienne. Le bus me lâche trois heures plus tard au centre de George Town, où je m'empresse, dans l'ordre, d'aller aux toilettes, de changer un peu d'argent, de pendre un café, de manger un bout et de dénicher un plan de la ville. Bref, les quelques obligations rituelles à l'arrivée dans chaque pays. J'en profite pour arracher au serveur de la gargote quelques mots de malais, du type « bonjour, merci, combien », puis saute dans un taxi rejoindre l'hôtel indiqué par un Allemand rencontré deux jours plus tôt.
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20-03-2005 |
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Bangkok - Thaïlande |

Luc Peillon |
 
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10/ Thaïlande |
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Mercredi 9 février. Bangkok (Thaïlande). Lever à 6 heures. Départ en bus à 6 h 30. Arrivée au poste frontière de Poïpet sept heures plus tard. Les derniers mètres cambodgiens sont jonchés de mendiants difformes ou amputés. Ceux qui ont perdu leurs jambes sur une mine restent les plus chanceux. À côté d'eux traînent des hommes qui n'ont d'humain plus que le nom. Des membres retournés, des moignons de bras collés à l'épaule, des corps squelettiques et recroquevillés.
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05-03-2005 |
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Phnom Penh - Cambodge |

Luc Peillon |
 
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9/ Au Cambodge
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Jeudi 20 janvier. Phnom Penh. Rues terreuses, sales, défoncées et puantes. Dans ce quartier du centre, la chaussée attend le bitume. Il n'est pas loin, quelques dizaines de mètres seulement, qui recouvre déjà l'avenue voisine. Mais pour l'heure, les maisons sécurisées font face à un chemin de terre. Les chiens y traînent. Les ordures s'y amoncellent. L'eau y stagne. Aux terrasses des cafés touristiques, les mendiants tiennent le siège. Jusqu'à une certaine limite au sol, que tous respectent, les gueux harcèlent l'occidental exaspéré, qui aspire à dépenser ses dollars en paix. Les mains jointes sur la poitrine, le sourire bloqué aux lobes de l'oreille, les vieilles Cambodgiennes tiennent longtemps. Mais le riche ne cille pas, regarde ailleurs, plonge dans son assiette dont le contenu a soudain un goût amer.
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08-02-2005 |
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Hanoi - Vietnam |

Luc Peillon |
 
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8/ Vietnam |
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Mercredi 22 décembre. Hanoï. Ultime contrôle et dernier test de température : nous sortons de Chine après deux mois de voyage, du désert du Taklamakan aux riches zones capitalistes de la côte Est. Le Vietnam est face à nous. Aucun transport public pour les premiers kilomètres. Les habituels chauffeurs de taxi frontaliers sont là, à nous réclamer des sommes délirantes pour rejoindre la première ville. Après une courte négociation, nous parvenons à Langson.
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20-01-2005 |
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Hong Kong - Hong Kong |

Luc Peillon |
 
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7/ HongKong
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Mardi 7 décembre. Hongkong. Je n'avais pas réalisé, en tendant mon passeport, que le douanier chinois qui me le rendait avec un grand sourire venait d'y apposer le tampon de sortie. Conséquence juridique immédiate : je venais de quitter la Chine, et devais, pour y retourner dans une semaine, me doter d'un nouveau visa. C'est seulement lorsque je retrouve Boris à la gare de Hongkong que celui-ci m'informe de ce petit détail à 15 dollars, trois jours d'attente, et une page de passeport. Comment pouvais-je imaginer que depuis 1997, date à laquelle les Britanniques avaient rendu cette colonie à la Chine, une frontière aussi stricte qu'entre deux pays les plus étrangers perdurait ?
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20-12-2004 |
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Pekin - Chine |

Luc Peillon |
 
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6/ En Chine |
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Samedi 16 octobre. Frontière. Plus de bus ni de camionnette, le passage en Chine se fait en 4x4. Nous nous engouffrons ce matin dans l'un d'eux pour huit heures de routes défoncées. Les cent premiers kilomètres nous mènent au Kunjerab Pass, col enneigé à 4800 mètres d'altitude, frontière naturelle et politique entre la Chine et le Pakistan. Mais c'est plus loin, à une dizaine de bornes en contrebas que nous croisons le premier douanier chinois grelottant, qui inspecte nos bagages et surtout nos visages, grattant de son ongle la photo du passeport. Un drapeau rouge égayé de cinq étoiles jaunes flotte au-dessus de nos têtes. Nous voici dans l'Empire du Milieu.
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04-12-2004 |
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Islamabad - Pakistan |

Luc Peillon |
 
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5/ Au Pakistan
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Mardi 28 septembre. Pakistan. Nous traversons la frontière ce matin. À Marijaveh. Les Iraniens font preuve d'une grande inertie pour entretenir leur réputation de douanier tatillon. Pour chaque voyageur, ils retournent le passeport en tous sens, le feuillettent cinq ou six fois, font semblant de prendre des notes sur une feuille séparée et décrochent nonchalamment leur téléphone, faisant mine de prévenir un interlocuteur à coup sûr imaginaire. Mon tour arrive.
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15-10-2004 |
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Teheran - Iran |

Luc Peillon |
 
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4/ En Iran |
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Jeudi 2 septembre. Téhéranisé. Déception. Le ministère compétent pour faire venir Boris est fermé jusqu'à samedi. Il me faut attendre le week-end iranien. Je profite du temps libre pour m'acclimater à ce nouveau pays. Je commence par avancer ma montre d'une demi-heure : le décalage avec la France est désormais de deux heures trente. Je perds également six cents vingt-et-un ans et me retrouve en 1383, selon le calendrier musulman solaire.
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26-09-2004 |
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